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Les défis du climat des affaires au Togo, selon la perspective de l’AGET

Les grandes entreprises togolaises, réunies au sein de l’Association des Grandes Entreprises du Togo (AGET), ont livré leurs analyses de l’environnement économique du pays, et les réformes qu’elles appellent de leurs vœux.

Entre progrès réels et chantiers inachevés

Le Togo s’affiche avec fierté dans les classements internationaux du climat des affaires. Classé 1ᵉʳ réformateur en Afrique de l’Ouest et 4ᵉ en Afrique subsaharienne selon le rapport Business Ready 2025 de la Banque mondiale, le pays a engrangé des réformes notables depuis une décennie. Pourtant, le tableau que l’AGET dresse dans la 5ᵉ édition de son Livre Blanc, lancée le 7 mars 2025 à Lomé sous le thème « Innovations, Investissements et Politiques Publiques », invite à nuancer ce satisfecit.

En analysant 22 secteurs de l’économie nationale et en formulant 181 recommandations structurées autour de quatre axes stratégiques, les grandes entreprises togolaises livrent un diagnostic sans complaisance. Si des avancées notables sont enregistrées dans quatre domaines — fiscalité, logistique, cohésion sociale et amélioration du climat des affaires — avec des taux de réalisation dépassant les 60 à 70 %, de nombreux objectifs demeurent inachevés, et des obstacles structurels continuent de gripper la machine productive.

« Ce Livre Blanc n’est pas un exercice isolé, mais une véritable plateforme qui accompagne les pouvoirs publics dans la mise en œuvre de politiques publiques », a déclaré Jonas Daou, président de l’AGET, lors du lancement officiel. Un signal fort : les grandes entreprises ne se positionnent pas en acteurs passifs ou en simples critiques, mais en co-constructeurs de la politique économique nationale.

La pression fiscale : un fardeau qui freine la compétitivité

Le premier défi identifié par l’AGET est celui de la fiscalité. Les grandes entreprises togolaises supportent une charge fiscale disproportionnée par rapport à la taille et à la diversification du tissu économique national. Dans un pays où 96,9 % des entreprises sont des TPE/PME largement informelles, la pression se concentre mécaniquement sur les acteurs formels — les 303 grandes entreprises qui génèrent 77 % du chiffre d’affaires total du secteur privé.

Cette concentration fiscale est à double tranchant. D’un côté, elle assure une base stable de recettes pour l’État. De l’autre, elle érode la compétitivité des entreprises togolaises face à leurs concurrentes régionales. L’AGET plaide pour un réaménagement des charges fiscales et sociales, une simplification des procédures déclaratives et la mise en place d’incitations fiscales ciblées — notamment en faveur des start-ups, des entreprises technologiques et des acteurs agricoles confrontés aux défis climatiques.

La loi de finances 2026, avec ses 1 338,9 milliards FCFA de recettes fiscales attendues, confirme que l’État reste largement tributaire des grandes entreprises. La Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo (CCI-Togo) a d’ailleurs organisé des sessions de formation pour préparer les opérateurs aux nouvelles dispositions fiscales de l’année, signe que le cadre réglementaire évolue vite et impose une charge de conformité croissante.

L’énergie : le nerf de la guerre industrielle

Le coût et la fiabilité de l’approvisionnement en énergie constituent l’un des obstacles structurels les plus récurrents signalés par l’AGET. Cette préoccupation traverse toutes les éditions du Livre Blanc depuis 2020 et ressurgit avec force dans l’édition 2024. Pour les industriels, les interruptions de fourniture et les tarifs de l’électricité pèsent directement sur les coûts de production et sur la capacité à maintenir des prix compétitifs sur les marchés régionaux et internationaux.

Les industries extractives — qui affichent pourtant une croissance de +16,6 % au troisième trimestre 2025 — et le secteur manufacturier sont particulièrement exposés. L’AGET recommande une tarification énergétique plus compétitive, adaptée aux besoins industriels, et un investissement accéléré dans les infrastructures de production et de distribution d’électricité. Des progrès ont été enregistrés entre 2020 et 2024, reconnaît l’association, mais les ambitions du Pacte national Énergie restent à traduire en réalités concrètes sur le terrain.

Manque de financement bancaire, lenteurs administratives et … le contenu local

L’accès au financement est la plaie récurrente du secteur productif togolais, et les grandes entreprises n’y échappent pas. L’AGET appelle à un accès facilité au financement pour les grandes entreprises comme pour les PME, à travers des fonds de garantie, des mécanismes de crédit à long terme et un renforcement du rôle des banques de développement — régionales ou nationales — dans le co-financement de projets structurants.

Le poids des procédures administratives est une autre préoccupation centrale de l’AGET. Les délais de traitement des dossiers, les lenteurs dans la passation de marchés publics et l’instabilité réglementaire freinent les décisions d’investissement et renchérissent les coûts de transaction.

Par ailleurs, les difficultés d’application des textes sur le contenu local — ces dispositions censées favoriser l’intégration des entreprises et de la main-d’œuvre togolaises dans les grandes opérations économiques — constituent un point de friction croissant. Le cadre législatif existe, mais son application reste inégale, privant les entreprises locales d’opportunités réelles dans les grandes commandes publiques et dans les projets d’investissement étrangers.

La concurrence déloyale et la question du foncier

Invisible dans les discours officiels sur le climat des affaires mais bien présente dans les dossiers de l’AGET, la concurrence déloyale liée aux importations frauduleuses constitue une menace sérieuse pour les entreprises formelles. Contrebande, fausses déclarations en douane, sous-facturation : ces pratiques créent un terrain de jeu profondément asymétrique, où les entreprises respectant leurs obligations fiscales et sociales sont systématiquement désavantagées.

Un Cadre de veille sur les importations frauduleuses a été créé conjointement par l’État et le secteur privé, à la faveur d’une réunion du Comité de concertation État-Secteur privé. Mais sa mise en œuvre effective reste un défi opérationnel. L’AGET insiste par ailleurs sur la nécessité d’un contrôle renforcé des importations pour lutter contre cette concurrence déloyale, particulièrement aiguë dans les secteurs de l’agro-industrie, du BTP et des biens de grande consommation. Source — République Togolaise

Le foncier est une problématique transversale qui revient de manière récurrente dans les éditions successives du Livre Blanc de l’AGET. L’insécurité juridique sur le foncier industriel et commercial, les difficultés d’accès aux terrains aménagés, et la longueur des procédures d’immatriculation constituent de réels freins à l’expansion des capacités productives. Pour les industries qui souhaitent investir dans de nouvelles unités de production, la question de la disponibilité et du coût du foncier conditionne souvent la faisabilité même du projet.

Encadré

La vision de l’AGET : quatre axes pour un État stratège

Face à ce tableau, l’AGET ne se contente pas de dénoncer. Ses 181 recommandations s’organisent autour de quatre axes stratégiques :

L’intelligence économique et le développement — L’AGET propose la création d’une agence nationale dédiée à l’intelligence économique, chargée d’assurer une veille sur les tendances mondiales, d’identifier les opportunités sectorielles et d’anticiper les risques liés à l’environnement international. L’objectif : faire du Togo un État stratège capable d’optimiser ses atouts dans la compétition sous-régionale.

L’entreprise comme entité de vie économique et la compétitivité — Réaménagement des charges, allègement des procédures, protection contre la concurrence déloyale, renforcement du tissu industriel et des chaînes de valeur locales.

Innovation et modernisation — Accélération de la transformation digitale des secteurs stratégiques (agriculture, services financiers, commerce), fiscalité adaptée aux start-ups et entreprises technologiques, renforcement des infrastructures numériques.

Promotion et cohésion sociales — Emploi décent, formation professionnelle, réforme du dialogue social, inclusion des femmes et des jeunes dans l’économie formelle.

En rappel, l’Association des Grandes Entreprises du Togo (AGET), créée en 2007, regroupe aujourd’hui 89 entreprises membres, représentant un chiffre d’affaires cumulé de 1 456,42 milliards FCFA en 2023, 14 658 emplois directs et une contribution aux recettes fiscales nationales de 1 312,83 milliards FCFA — soit environ 20 % des recettes fiscales totales du pays. Sa parole sur le climat des affaires est, à ce titre, celle d’acteurs qui portent une part décisive de l’économie nationale sur leurs épaules.

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