La guerre en Iran a propulsé le Brent au-delà de 100 dollars le baril, soit une hausse d’environ 60 % depuis fin février 2026. Dans l’UEMOA, l’onde de choc fracture l’Union entre pays qui répercutent la flambée à la pompe et ceux qui choisissent encore d’absorber le coût. Tour d’horizon.
Tout part du détroit d’Ormuz, par lequel transitait près de 20 % de la consommation mondiale de brut avant que le conflit ne perturbe le trafic maritime. Selon la BCEAO, le seul mois de mars 2026 a vu les cours du pétrole bondir de +39,3 %, et ceux du gaz naturel de +24,2 %. Pour la zone UEMOA, importatrice nette de produits raffinés, la facture énergétique s’envole, contraignant les gouvernements à un arbitrage délicat entre équilibre budgétaire et préservation du pouvoir d’achat.
Cinq pays ont déjà ajusté leurs tarifs
Le Mali a ouvert la marche dès le 28 mars 2026, dans un contexte aggravé par un embargo armé sur ses importations d’hydrocarbures : le super est passé de 775 à 875 FCFA/l (+12,9 %) et le gasoil de 725 à 940 FCFA/l (+29,7 %). La Guinée-Bissau, frappée par les mêmes tensions internationales, a procédé à deux ajustements successifs portant l’essence à 899 FCFA/l et le gasoil à 898 FCFA, contre 794 et 786 FCFA précédemment.
Au 1ᵉʳ mai 2026, la Côte d’Ivoire a rejoint le mouvement : le super sans-plomb passe de 820 à 875 FCFA/l, le pétrole lampant de 705 à 745 FCFA. Le même jour, le Bénin a relevé l’essence et le gasoil de 30 FCFA chacun (à 725 et 750 FCFA/l), avec une envolée spectaculaire du pétrole lampant, qui bondit de 639 à 1 040 FCFA/l (+63 %). Cette semaine, le Togo a rompu sa longue stabilité : par arrêté interministériel du 26 mai, le super sans-plomb a été relevé à 725 FCFA/l à compter du 27 mai 2026, mettant fin à un gel des prix maintenu depuis décembre 2024.
Trois pays font encore le choix de la résistance
Le Sénégal, le Burkina Faso et le Niger maintiennent à ce stade leurs tarifs. À Dakar, le litre d’essence reste affiché à 920 FCFA, soit le prix le plus élevé de l’Union. Le président Bassirou Diomaye Faye a justifié ce choix par la volonté de « préserver le pouvoir d’achat », tout en n’excluant pas un ajustement si la crise se prolonge. Au Burkina Faso, le super reste figé à 850 FCFA/l depuis plus de trois ans. Au Niger, le tarif officiel le plus bas de la zone (499 FCFA/l) tient sur le papier, mais sur le terrain, des ruptures de stock se multiplient et le marché informel dépasse régulièrement 700 FCFA le litre, révélant les limites du dispositif administré.
Une inflation qui se réveille, une intégration sous tension
Pour la BCEAO, la facture macroéconomique commence à se chiffrer : l’inflation de l’Union, projetée à seulement +0,1 % en mars, devrait remonter à +1,1 % en avril 2026. Le transport aérien a déjà encaissé +9,7 points de pourcentage, tandis que les coûts du fret routier se diffusent dans les denrées de base.
Au-delà des chiffres, c’est la cohérence régionale qui se trouve interrogée : conçue comme un espace d’harmonisation des politiques économiques, l’UEMOA voit ses membres adopter des stratégies divergentes face à un choc externe commun. Entre vérité des prix et subventions intenables, le choc d’Ormuz pourrait bien rouvrir le chantier d’une véritable politique énergétique régionale.

