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L’AGET face au ministre Trimua : dialogue franc pour un secteur privé plus fort

Les 11 et 12 mars 2026, le ministre délégué chargé de la Promotion des investissements et de la Souveraineté économique, Arthur Lilas Trimua, a tenu ses premières réunions de concertation avec les grandes organisations patronales togolaises, dont l’Association des Grandes Entreprises du Togo (AGET). Un dialogue attendu, direct et sans ambages.

Un premier contact sous le signe de la franchise

Depuis sa prise de fonction, Arthur Lilas Trimua s’est donné comme priorité de prendre le pouls du secteur privé national. C’est dans cet esprit qu’il a rencontré, les 11 et 12 mars 2026, les délégations de trois organisations patronales majeures : le Conseil National du Patronat du Togo (CNP-Togo), conduit par son président Coami Sedolo Tamegnon ; l’Association des Grandes Entreprises du Togo (AGET), représentée par son président Jonas Daou ; et le Groupement des Industries du Togo (GITO), dirigé par Kossi Amétépé Glè.

Ces rencontres marquent le début d’une nouvelle dynamique de dialogue entre l’État et le secteur productif togolais, dans un contexte où le gouvernement entend faire du secteur privé le véritable moteur de la croissance économique nationale.

Des géants économiques aux défis structurels

L’AGET n’est pas une organisation ordinaire. Ses membres représentent 20 % des recettes fiscales du Togo et génèrent à eux seuls plus de 13 000 emplois directs à travers le pays. Pourtant, ces piliers de l’économie nationale font face à des difficultés persistantes qui freinent leur plein épanouissement.

Lors de la concertation, les grandes entreprises ont égrené leurs doléances avec clarté : pression fiscale jugée trop lourde, insuffisances infrastructurelles pénalisant la production, contraintes d’approvisionnement en énergie, lenteurs administratives et accès limité au crédit bancaire, notamment auprès des banques de développement où la levée de fonds du secteur privé togolais reste nettement inférieure à celle des pays voisins. Les industriels ont également soulevé les difficultés d’application des textes sur le contenu local, entravant la structuration de chaînes de valeur endogènes.

La tonalité de leurs interventions se résumait en une formule cinglante : « On crée la richesse, aidez-nous à la développer. »

Zoom sur le crédit bancaire encore trop étroit

L’accès au financement est la plaie récurrente du secteur productif togolais, et les grandes entreprises n’y échappent pas. Et l’AGET a explicitement mis en avant les difficultés de levée de fonds auprès des banques de développement, soulignant que le secteur privé togolais y accède nettement moins que ses homologues des pays voisins.

Cette réalité est paradoxale dans un pays où les banques ont accordé 903 milliards FCFA de nouveaux crédits à fin septembre 2025, mais où les conditions d’accès restent trop restrictives pour les projets de développement industriel à long terme. Les institutions financières exigent des garanties élevées, sont prudentes face aux risques sectoriels, et proposent des maturités souvent inadaptées aux cycles de l’investissement productif.

Dans sa dernière publication du Livre Blanc, l’AGET avait appelé à un accès facilité au financement pour les grandes entreprises comme pour les PME, à travers des fonds de garantie, des mécanismes de crédit à long terme et un renforcement du rôle des banques de développement — régionales ou nationales — dans le co-financement de projets structurants.

Des engagements concrets pour la suite

Face à ce tableau, le ministre Trimua n’a pas botté en touche. Il a reconnu sans détour les défis identifiés et assuré que ces préoccupations seraient traitées avec sérieux, s’inscrivant dans la vision du président du Conseil Faure Essozimna Gnassingbé, qui entend ériger le secteur privé en véritable levier de souveraineté économique.

Concrètement, le ministère a annoncé la création prochaine d’une cellule technique de concertation entre le gouvernement et les organisations patronales. Cette instance permanente sera chargée d’examiner régulièrement les difficultés auxquelles font face les entreprises, dans une logique de dialogue constructif et itératif entre l’État et le secteur privé.

« Ces échanges ont permis d’écouter les préoccupations des entreprises, d’évoquer les défis auxquels elles sont confrontées et d’explorer ensemble des pistes pour améliorer l’environnement des affaires », a déclaré le ministre, saluant la qualité et la franchise des discussions.

Entre ambitions officielles et réalités du terrain

Le paradoxe togolais est saisissant. D’un côté, un pays qui se hisse au top 4 africain du climat des affaires selon la Banque mondiale, qui affiche une croissance de 6,3 % au troisième trimestre 2025 et dont le budget atteint des niveaux historiques. De l’autre, des grandes entreprises qui portent l’essentiel du fardeau fiscal et productif dans un environnement marqué par des coûts énergétiques élevés, un accès au crédit insuffisant, des lenteurs administratives persistantes et une concurrence déloyale non encore endiguée.

L’initiative du ministre Trimua de créer une cellule technique permanente de concertation public-privé constitue un espoir, sinon, se veut une réponse prometteuse à ces défis. Mais l’AGET et les grandes entreprises togolaises le savent mieux que quiconque : la crédibilité des réformes se mesurera non pas aux annonces, mais aux actes concrets qui permettront aux « gros porteurs », ces géants aux pieds parfois fragiles, de libérer leur plein potentiel au service de l’économie togolaise.

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